C’est un sujet dont on entend de plus en plus parler. Entre les ingénieurs repentants de la Silicon Valley, certains scientifiques ou autres intellectuels, tout ce beau petit monde nous alerte sur les dérives des réseaux sociaux et de leurs conséquences sur notre santé globale. Les décrivant même comme une atteinte à nos libertés les plus fondamentales. Décryptage …

Parmi les hauts techniciens repentants

Si je vous dis Aza Raskin, ce nom vous est sans doute inconnu. Pourtant cet ingénieur américain est à l’origine du scroll infini « infinite scroll« .
Le scroll infini, c’est le fait de faire défiler vos pages, sur vos applis préférées Instagram, Facebook, pour ne citer qu’elles, sans aucune limite.

Deux salles, deux ambiances ! Il y a ceux qui scrollent avec le pouce puis ceux qui préfèrent l’index. Mais revenons à nos moutons, cette invention – diabolique – nous rend addictifs mais surtout elle fausse notre perception du temps. Lorsqu’on scrolle, le temps semble passer sans que l’on s’en rende compte ! Conscient que son invention à la fois géniale pour ces start-up, et catastrophique sociologiquement, Monsieur Aza Roskin la dénonce et compare même son invention à, je cite : « un verre qui se remplirait sans cesse par le fond ».

Le mal est pourtant fait !

L’ingénieur repenti, a même calculé combien de temps avait fait perdre le scroll infini à l’humanité. Attention accrochez-vous bien : l’équivalent de 200 000 vies par jour…

Comble de l’ironie !

Il travaille actuellement à réparer ce qu’il a fait afin de mettre en place un procédé, « anti-infinite scroll » censé ralentir le flux à mesure que l’on fait défiler les pages. Personnellement je suis assez sceptique, et je m’interroge sur la réaction des mastodontes et autres géants de cette industrie plus que lucrative, pour qui ce « puit sans fonds » est une aubaine ! Mais why not ! En attendant, notre ingénieur nous livre quelques conseils, sorte de réflexes à adopter pour se détacher de nos mobiles. Avec entre autres le fait de privilégier un fond d’écran noir et blanc car les couleurs sont trop attractives. Ou encore déplacer les applis vers les deuxièmes, voire troisièmes pages pour limiter les tentations.

Vers une prise de conscience systémique

Dans les mêmes intentions, et peut-être un peu plus impliqué, Monsieur Tristan Harris, informaticien de son état, ancien employé de chez Google, mène un combat presque philosophique, contre la technologie qui « dégraderait l’humain ». Ses travaux l’ont conduit à dénoncer les pratiques peu éthiques de ces grandes entreprises qui ont basé leurs empires sur un capitalisme de surveillance. Dans les grandes lignes, Monsieur Tristan Harris – et d’autres – s’insurgent et dénoncent avec ardeur ce juteux marché qui fait du profit avec des données humaines (absolument toutes les activités que nous faisons sur le net sont mesurées, traquées, étudiées et enregistrées) à une échelle industrielle. Ces données sont stockées dans des systèmes presque pas supervisés par l’humain, dans le but de faire des prédictions de plus en plus précises. Ces prédictions construisent des modèles pour anticiper les actions des utilisateurs et ainsi leur faire – nous faire – de plus en plus de recommandations précises qui vont augmenter notre temps d’utilisation, et par extension notre temps sur les réseaux (et applications).

Comment cela aurait pu être autrement quand on sait que ces start-up s’enrichissent grâce aux annonces publicitaires ? L’équation est simple : plus nous y passons du temps, plus nous donnons des informations sur nous, plus nous recevons des recommandations ciblées, plus nous y passons du temps. Dans ces temps d’utilisation nous gobons une multitude de publicités – ciblées of course – , etc.

Cette toute-puissance soumet les entreprises également au fait de devoir passer nécessairement par ces réseaux pour émerger. Ceci étant dit, ce sont les règles du marché, discutables certes, mais business is business ! Devons-nous encore nous étonner que la cupidité l’emporte sur l’éthique ? Etonner, non ! Agir, oui !

Quand les algorithmes s’emballent …

#agissons

Par définition un algorithme est une suite finie de règles à appliquer dans un ordre déterminé à un nombre fini de données pour arriver, en un nombre fini d’étapes, à un certain résultat, et cela indépendamment des données. Donc, quand une entreprise créé son propre algorithme, il va de soi qu’elle le fait pour son intérêt économique, soit ! Ce que l’on sait moins, c’est que justement ces algorithmes sont des opinions sous forme de codes, ils ne sont pas objectifs, ils sont utilisés pour répondre à une définition subjective du succès, en l’occurrence, celle de l’entreprise en question. De plus, un algorithme finit par avoir sa propre façon de « penser », au point que même ceux qui sont derrière ces algorithmes finissent eux-mêmes par le trouver indéchiffrable, et sont dépassés. L’intelligence artificielle prendrait le dessus !

Ces inventions qui captent nos fragilités cognitives

Les technologies sont conçues avec des techniques de persuasion, mais dans ce cas précis, les techniques sont poussées à l’extrême. Nous l’avons vu, le scroll infini en est un parfait exemple, puisque ce principe d’infinité nous happe, incontestablement.

On peut aussi, citer :

  • Le principe de renforcement positif intermittent. À chaque fois que nous recevons un message, un commentaire ou un like sur l’une de nos publications, notre cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur qui active le circuit de récompense. Ceci exploite à l’extrême le principe de renforcement positif intermittent, en générant occasionnellement une gratification instantanée sous la forme d’une marque de validation sociale. Comme la validation sociale est étroitement liée à notre besoin d’appartenance, nous nous sentons appartenir à un groupe lorsqu’il y a interaction et par conséquent exclus lorsqu’il n’y a rien (ou peu). Or, ceci n’est que virtuel !
  • Le système de recommandation, sans conteste le plus pernicieux. Vous avez l’illusion que vous avez le choix en regardant les contenus proposés, en réalité, ces recommandations sont le fruit de calculs précis de nos données…
  • Le follow for follow, ou le principe de réciprocité, arme ultime de persuasion, poussé là aussi à l’extrême. Puisque le fait d’être liké et suivi suscite ce sentiment de redevabilité. Celui-ci est désormais pleinement assumé. Autrement dit : « Tu me suis, je te suis ! » Et implicitement si je ne te suis pas, ou plus, je me désengage de notre relation virtuelle.

Sommes-nous obligés de nous adapter ?

J’avais déjà une opinion bien tranchée concernant les réseaux sociaux en particulier, mais de façon plus large concernant le smartphone, car oui, c’est lui l’outil qui permet de rendre ces plateformes accessibles en un toucher tactile !

C’est probablement le passage obligé désormais : la case virtuelle. Tout le monde se dit asocial ou solitaire et pourtant tout le monde squatte les réseaux. Paradoxe ! Que disent de nous nos réseaux ? Qu’on pèse dans le game à partir d’un certains quotas de likes ou d’abonnés ? Ou bien que que nous sommes aim-ables et que nous existons si et seulement, nous publions du CONTENU !

Sociaux ou asociaux ? J’ai le sentiment qu’ils encouragent justement la superficialité des relations, promeuvent l’exhibition et favorisent de fait, la comparaison et la frustration. Nous vivons tout de même, une époque, où être connecté en ligne prévaut sur les autres moyens de communication. Qui n’a jamais réglé ses comptes via ces réseaux ? Qui osera avouer souffrir d’un manque de reconnaissance ? Qui osera dire que son besoin d’appartenance à un groupe est souvent bafoué ? Qui osera prétendre se sentir moins bien ou envieux(se) d’un(e) autre ? Qui se rendra compte du fait d’être en « mode automatique » à épier et scroller la vie et la réussite de l’autre ? Qui n’a jamais sorti son téléphone pour cacher sa timidité ?

Les réseaux sociaux sont comme une béquille sociale, atrophiant nos aptitudes à gérer nos émotions et à nous ouvrir aux autres. Nous forçant à adopter une bienséance numérique absurde où on « doit » se justifier de notre absence en ligne, où on prend comme un désaveu le fait que nos connaissances ne nous valident pas publiquement, où on perd un temps considérable pour ce simulacre d’importance.

Je fais le choix de cette remise en question. Je me suis plongée dans les travaux de divers protagonistes militant en faveur d’une utilisation plus éthique. En croisant les sources à mes propres expériences et en faisant preuve d’une grande observation sur ma propre consommation puis autour de moi. Ma réflexion est passée par plusieurs étapes :

  1. Le déni : moi accro ? Non ! Je ne me sentais pas tellement addict aux réseaux avant que je ne me serve d’Instagram pour essayer de me faire connaître en tant que rédactrice. J’ai toujours trouvé plus ou moins absurde de partager tout et n’importe quoi sur le net. J’avais le sentiment que le principe de vie privée n’avait plus réellement sa place. Que la normalité était de se montrer ou d’épier la vie des autres, et ce même s’il s’agissait de comptes professionnels. Puis je me prête au jeu, cela devient vite plaisant. La validation sociale, c’est un peu le graal, en terme de dopamine. Une bonne dose chaque jour, pourquoi pas ? Après tout, si tout le monde le fait où est le mal ? Puis j’y passe pas tant de temps que cela …
  2. La colère : à force, je suis en colère car d’une part, je me sens bernée par cette sensation amère que je déverrouille mon téléphone de façon frénétique, intempestive et quasi mécanique pour vérifier si je suis « validée », ou ne manquer aucun message, ou encore de manière totalement inconsciente me comparer à mes congénères féminines, etc. Soyons clairs, on ne peut pas nier le caractère exhibitionniste de ces réseaux . Et d’autre part, je me sens prise au piège, du fait de ce passage obligé en tant que freelance digitale de passer par la case réseau pour jouir d’un minimum de visibilité !
  3. L’adaptation: l’idée n’est pas de boycotter les réseaux sociaux, et toutes les plateformes en général. Lorsque je dépeins un portrait si sombre, c’est aussi pour essayer à mon échelle d’éveiller les consciences. Dans un souci de maitrise et de contrôle, j’ai souvent fait des diètes digitales. J’ai parfois supprimé tous les réseaux ou seulement un. Je dois admettre qu’il y a toujours un petit temps d’adaptation, mais quelques jours suffisent à m’en détacher. Et c’est là que mon observation s’aiguise autour de moi, c’est précisément là que l’on se rend compte de l’impact que ces réseaux ont d’un point de vue sociologique et psychologique. C’est quelque part pour moi, l’occasion de sortir la tête du guidon, prendre de la hauteur pour proposer une façon plus raisonnée d’utiliser ces outils.

Minimaliste, oui, mais comment ?

Les réseaux ne sont que des outils, une tribune, un espace mais aucunement une fin en soi. Leurs spécificités résident justement dans le fait qu’à la différence d’autres outils, eux n’attendent pas une raison valable pour être utilisés. Sur des profils psychologiques immatures, de type anxieux, ils s’avèrent être redoutablement dangereux car ils peuvent fragiliser l’estime de soi des sujets jeunes et/ou fragiles. Notre tolérance à l’ennui est quasi nulle désormais, puisque nous avons tendance à densifier le temps en étant sans cesse hyper stimulés. D’autres dérives, comme l’hyper sexualisation de très jeunes filles qui se dandinent de manière suggestives et en tenue légère sur TikTok notamment, sont le terrain de jeux des pervers pédophiles. Tout se banalise, se radicalise, se polarise. Ces outils censés fédérer, rassembler, pour des causes collectives et humbles deviennent source de clivage. La désinformation excite les amateurs des théories complotistes et les organisations terroristes de tous bords n’ont plus qu’à surfer sur cette vague pour recruter les âmes égarées vers leurs idéologies.

« Le seul axe d’action que nous possédons : c’est notre éveil vers d’autres façons d’utiliser ces réseaux. »

DYNAMIK

Nous autres utilisateurs. Parents, acteurs sociaux, entrepreneurs, têtes pensantes, etc. Soyons conscients de notre propre consommation. Ce serait déjà un pas de géant ! Car la plupart d’entre nous, ne voient pas où est le problème. Le problème n’est pas la machine, par essence, toute technologie est inoffensive. Mais l’utilisation que nous en faisons et notre responsabilité face à celles et ceux qui sont vulnérables. Toutes les générations nées après 1996 ont connu les réseaux sociaux dès leur plus jeunes âges. Aidons-les à se reconnecter à la vraie vie, aux vrais rencontres. Toute idée favorisant une utilisation plus pondérée est bienvenue. Aidons-les à s’accepter avec leurs singularités physiques loin des standards de beauté unique, type post bad botoxé à souhait ! Préservons-les de la banalisation du cyber-harcèlement qui a déjà poussé bon nombre de jeunes au suicide.

N’acceptons plus, sachant tout cela de continuer à nous faire berner. Ce n’est qu’en décidant de comprendre les mécanismes inconscients qui se jouent, que nous pourrons reprendre le contrôle. Nous ne sommes pas conçus pour encaisser tant de validation sociale, ni pour accumuler la vue d’autant d’images, ni pour nous replier sur nous-mêmes. N’oublions que nous sommes celles et ceux qui avons le pouvoir, si et seulement si nous ne continuons pas à nourrir un système que l’on déplore.

En route !!!

Maitriser les nuances

Etre une personne influente ce n’est pas être influenceur(se), être visible sur le marché, ce n’est pas exister en tant que personne, être liké ce n’est pas être aimé tel que l’on est réellement, être suivi ce n’est pas forcément être accepté, partager une publication ne fait pas de son contenu une vérité absolue. Tout partage doit considérer notre responsabilité à exposer une partie de notre réalité au monde. Tous ces marqueurs ne démontrent en réalité que nos aptitudes à utiliser ces réseaux, avec leurs codes de plus en plus sophistiqués et déshumanisants.

Donnons alors, à ces outils leur juste place, où nous aurons décidé quand et comment les utiliser. Faisons en sorte qu’ils soient des causes pour nous rassembler en pleine conscience sur des intérêts communs. Soyons plus que des données humaines à la louche, des zombies obnubilés par nos notifications, téléguidés par le bon vouloir de ce qu’une poignée d’ingénieurs et leur intelligence artificielle nous recommandent ! Ni notre besoin d’appartenance, ni notre besoin de reconnaissance, ou encore notre besoin d’accomplissement seront satisfaits par ces seuls biais ! Et je ne parle même pas de notre liberté intellectuelle plus qu’éprouvée par tous ces flux d’informations.

Avant d’attendre un geste éthique de ces grands groupes, coincés dans leur business model, ou encore d’attendre des lois en faveur d’une meilleure régulation des data, prenons la responsabilité d’un changement éthique, fantastique et sympathique de notre comportement devant cette technologie croqueuse de temps de cerveau libre !

Proposez, proposons des idées minimalistes, non pour la tendance mais par nécessité et passons à l’action massivement !

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